Interprétation (arts)

Si l’interprétation est généralement ce processus par lequel nous donnons du sens aux signes – ainsi de l’interprétation des langues ou des rêves – elle est en arts, entendue comme le processus par lequel un artiste s’empare d’une partition, d’un thème, d’une idée ou d’un percept et le traite en y faisant jouer sa singularité.

Pour le dire autrement, l’interprétation fait suite à une perception, suivie d’une traduction, suivie d’une appropriation. Elle est ce mouvement de faire sien, sans toutefois s’y limiter. L’interprétation en arts suppose l’expression d’une singularité, d’une sensibilité, sans quoi elle ne serait que l’éxécution d’une suite d’ordres prescrits (pré-écrits dans le cas d’une partition).

Blaise Cendrars – alias Frédéric Sauser (1887-1961) – écrit en 1913 « La Prose du Transibérien et de la petite Jehanne de France ». Ce long poème fleuve traduit un souvenir de son adolescence, celui d’une fuite éperdue en train, un voyage le menant de Paris à Vladivostok via Moscou par le Transsibérien.

Son interprétation du thème du voyage, s’appuie sur la rythmique ferrovière imprimée par la fréquence et la taille des rails mis bout à bout, sur le brouillard de sensations que son corps a éprouvé et dont il a gardé la mémoire, sur ses rencontres de brigands et d’aventuriers, sur le souvenir de son amoureuse qu’il vient de quitter. On peut dire que le poète y interprète par la forme de la prose, le thème du voyage, des rencontres dangereuses, de l’imminence de la guerre, et de l’arrachement à l’être aimé.

Mais l’interprétation ne suppose pas nécessairement la création d’une œuvre à partir des seuls percepts de l’artiste. Elle est quelques fois une relecture, une traduction, une appropriation d’une œuvre existante.

Ainsi la série picturale éponyme que réalise la plasticienne Sonya Delaunay en 1917 (Aquarelle, texte imprimé sur papier simili Japon, reliure parchemin peint 199 x 36 cm) est-elle une œuvre dite synesthésique, procédant de cette nouvelle conception de l’art comme « mouvement vital du monde » qui, venant à la rencontre du texte du poète, lui propose ici un écrin plastique, un territoire de formes, un espace de couleurs, ainsi qu’en témoigne la dédicace que Cendrars inscrit sur le tableau :

« Ce poème triste, édité sur du soleil et qui annonce des œuvres de lumière – Blaise Cendrars à Sola, 20 octobre 17 »

Luc Dall’Armellina

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