Vitesse (musique)

VIRTUOSITE OU LA FRENESIE DE VITESSE

Nous vivons dans une société où, tout allant très vite et s’accélérant de jour en jour.

Cette accélération des vingtième et vingt et unième siècles, les musiciens la préfigureront au dix-neuvième siècle, avec la naissance d’un terme : la virtuosité.

La définition étymologique de ce mot définit à la fois l’idée de vélocité et l’idée de vertu.

S’ELANCER :

Au début du dix-huitième siècle, J.L. Lecrf de la Viéville s’étonne de la vertigineuse vélocité des violonistes italiens : « Vous ne sauriez croirecombien il est effrayant de voir 32 notes en une seule mesure » (Comparaison de la musique italienne et de la musique française, 1704-1706).

Perpétuant cette tradition, Le premier virtuose au sens que l’on donne à un interprète instrumentiste doué de se jouer des plus grandes difficultés dans la plus grande vitesse d’exécution pourrait être le grand violoniste Nicolo Paganini, chacun connaît la difficulté de ses « Caprices ».

Une autre de ses œuvres « La Campanella » sera transcrite pour piano par Franz Liszt.

Ce grand virtuose et compositeur hongrois contemporain de Frédéric Chopin autre virtuose polonais de la même époque, est père de Cosima qui épousera le grand Richard Wagner.

Il n’est à ce propos pas possible de parler de cette vitesse digitale qui fait le virtuose, sans parler de cette révolution technologique que connut à cette époque l’évolution de la facture des pianos.

Frédéric Chopin connaîtra en trente ans l’évolution du piano-forte au piano de concert, permettant à la fois de nuancer à l’extrême et également de « jouer » de plus en plus vite.

Lui comme Frantz Liszt feront l’expérience de toutes les nouveautés d’un instrument auquel ils adapteront leur virtuosité à son évolution. Les Erard, Gaveau, Broadwood, Pleyel seront des instruments en perpétuelle transformation en moins de vingt ans et jusqu’aux possibilités des pianos de concert que nous connaissons actuellement.

La virtuosité au XIXéme siècle est également vocale et portée par les femmes. Les cantatrices La Malibran, Pauline Viardot, développent vocalement des trésors techniques connus bientôt par l’Europe entière.

ACCELERER :

Cette relation de la vitesse en arts on la retrouve à la même époque dans les moyens de communication avec l’essor des machines à vapeur. On peut alors se déplacer de plus en plus loin et de plus en plus vite.

Voici une remarque d’Honoré de Balzac à ce sujet : L’écrivain prenant le train Paris-Saint Germain pour venir de Jardies, il dit dans Béatrix : « Pour 8 sous et en quinze ou vingt minutes, je suis à Paris »

Après Franz Liszt, aux dix-neuvième et vingtième siècles, Piotr Illich Tchaikowsky dans le 3ème mouvement de la sixième symphonie, Maurice Ravel dans le final de la Valse pour Orchestre ou Serge Prokofiev dans le Precipitato de la septième Sonate, agiront de même chacun à leur manière, pour que vitesse aille de pair avec l’augmentation jusqu’à son paroxysme du volume sonore.

RALENTIR :

Il faut attendre le début du XXème siècle pour que la musique se pose la question de s’arrêter pour privilégier la qualité du son et de ses possibilités et ainsi revouveler la façon de composer en un autre rapport inversé à la vitesse.

Avec Schoenberg, Debussy le mouvement « ralentit », et la recherche devient celle d’une musique dans laquelle le silence est un élément fondateur du discours musical et non une ponctuation. Le timbre devient le paramètre principal pour l’écoute. Il n’est que d’écouter un des préludes du Maître français pour le constater.

S’ARRETER

La littérature peut être également annonciatrice, car à une nouvelle époque d’accélération, Milan Kundera développe La thèse dans La Lenteur que » l’homme moderne, par une fascination pour la vitesse, délaisse les vertus de la lenteur ». La lenteur est pour Kundera un moyen de sauvegarder la mémoire et donc, l’homme oublie. Il dira que « le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli ».

Cette démentielle accélération de la société, la musique la prédit avec la fulgurante virtuosité née au XIX ème siècle sous les doigts de Liszt ou de Paganini, mais elle prédit aussi qu’après le désir de vitesse vient le désir de se poser pour écouter le monde bruisser (Debussy et les Images, Schoenberg et sa nuit transfigurée).

PUIS REPARTIR ET ACCELERER

Dès la seconde moitié du vingtième siècle selon ma vision, c’est la « précarité du  prévisible » qui fait loi dans une volonté permanente de l’inouï, de l’inattendu.

Comme nous avons pu le lire récemment dans un article de « Libération », le « selfie » est « une archive en instantané. Le temps est réduit à l’instant ».

Une symphonie peut, à l’aide des moyens électroniques réduite à un son ou en un clic, être connue du monde entier. Une question se pose alors : Ne pas laisser se construire un langage d’époque, pour en explorer tous les possibles ne crée-t-il pas alors une vertigineux et forcené désir d’aller toujours plus vite vers un avenir dont l’ incertain  fait loi ?

ET A NOUVEAU RALENTIR : UN MOUVEMENT ININTERROMPU 

Tan Dun conducts the Oslo Philharmonic at Ultima Oslo Contemporary Music Festival–Photo by Lise Kihle

Aujourd’hui arrêtons-nous un instant pour écouter cette symphonie d’un compositeur d’origine asiatique Tan Dun, interrogeant les bruits de l’eau dans sa musique, nous propose des œuvres très apaisantes, préfigurant peut-être la suite de notre histoire musicale qui pourrait être de s’arrêter de courir pour prendre le temps de vivre, donc d’écouter pour mieux penser. Peut-être alors la virtuosité prendra-t-elle la mesure se sa complète acception : Vitesse mais Vertu, avant de reprendre inexorablement sa vertigineuse accélération.

Richard GUERAULT

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