Idée (arts)

Une idée est de l’ordre de l’idéel c’est-à-dire de l’abstrait, du conceptuel, du théorique. Mais c’est un terme biface au moins puisqu’il penche aussi du côté de l’idéal, c’est-à-dire des puissances de l’imagination, du désir.

On dit que les idées appartiennent à ceux qui en ont besoin. C’est un fait qu’en termes de droits, d’auteurs par exemple, l’idée ne peut faire l’objet d’une propriété, c’est son interprétation sous la forme d’une œuvre qui peut l’être. On ne protège pas l’idée d’une chanson ou d’un roman, mais telle chanson ou tel livre, écrit par tel auteur et publié par tel éditeur ou producteur.
Gilles Deleuze dans sa conférence à la FEMIS en 1987 intitulée « Qu’est-ce que l’acte de création ? » soutient qu’on a jamais une idée en général. On a toujours une idée en particulier, dans un domaine donné. Ainsi, montre-t-il qu’avoir une idée en science, une idée en cinéma, une idée en peinture ne peut à chaque fois être qu’un projet respectivement pour un scientifique, un cinéaste, un peintre.

En arts on est habitués à ce que l’on appelle des adaptations : ainsi beaucoup de films sont issus d’une idée en littérature par exemple.
Le cinéaste a-t-il pour autant volé son idée à l’écrivain ? Non, l’idée est partageable. A chacun de lui donner, dans son art, sa technique, sa syntaxe, sa poétique, son adaptation libre. Il entend cette notion au delà-même de l’interprétation et l’étends à l’usage de la même idée. Ainsi selon lui, l’écrivain Fyodor Dostoyevsky partage avec le cinéaste Akira Kurosawa la même idée de la figure ou du thème de « l’idiot ». L’idée, première, de l’écrivain, est celle d’un homme pris dans une situation d’urgence vitale, se voyant incapable de penser à ce qu’il convient de faire pour se sauver, parce qu’une autre urgence, plus essentielle encore se présente à lui. C’est la même situation que vivent, et son personnage dans le roman « L’idiot », et les personnages du film « Les sept samouraïs ». En cela donc, tous deux partagent la même idée.

Les sept Samouraïs, Akira Kurosawa, 1954

L’idée est aussi ce qui arrive, ce qui survient, dans le travail, mais aussi dans l’inattendu du quotidien de l’artiste. C’est le graal de sa quête mais non sa fin. Un artiste cherche à faire œuvre, il s’appuie pour cela sur ses sensations, ses souvenirs, ses connaissances, il les transforme en percepts, qui deviendront au fil d’un processus parfois long, une œuvre. Il a toujours besoin, au cœur de cette alchimie, d’une idée, qu’on dit parfois directrice ou centrale, et qui est souvent structurante.
Paul Valéry : « À un certain âge tendre, j’ai peut-être entendu une voix, un contralto profondément émouvant… Ce chant me dut mettre dans un état dont nul objet ne m’avait donné l’idée. […] Une voix qui touche aux larmes, aux entrailles […]. » (Cahiers, 1910-1911, C, IV, 587).

Luc Dall’Armellina

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